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Quelques pistes de réflexion sur la ludosophie

Quelques pistes de réflexion sur la ludosophie

  • Le jeu comme dispositif philosophique : connaissance et activité philosophique

Classiquement, la philosophie s’enseigne à l’école, au collège ou au lycée, notamment à travers la lecture et le commentaire des œuvres qui abordent les grandes questions de l’existence : la liberté, le langage, la réalité du monde, la beauté, la vérité, la morale, le sens de la vie, le bonheur, la place de l’être humain dans l’univers. Au-delà de ces corpus qui forment le contenu de la connaissance philosophique, le philosophie est aussi une activité à part entière. Elle s’exerce en discutant, en débattant, en réfléchissant, en interrogeant, et parfois aussi en se trompant et en cherchant à progresser de nouveau.

Le jeu est un moyen privilégié de se familiariser avec cette activité philosophique. Il s’agit d’une autre porte d’entrée, moins aride pour certain•e•s que la lecture des œuvres de Descartes du XVIIe siècle, pour apprendre toutes ces compétences liées à l’exercice de la philosophie : développer sa réflexion, exercer sa logique, s’engager activement dans un problème complexe, apprendre à se connaître, réfléchir sur le sens des règles et des normes, penser et apprécier le rapport aux autres, etc.

Les interactions entre le jeu et la philosophie sont nombreuses. Chaque jeu demande de développer des compétences particulières : la réflexion, l’anticipation et la stratégie dans des jeux comme les échecs ; l’habileté, la motricité, l’esprit d’équipe et la rapidité dans les sports comme le ballon prisonnier ; l’écoute, l’entente et la discussion dans des jeux collaboratifs comme Pandémie ; l’argumentation, la persuasion, l’esprit critique et la finesse dans des jeux de société comme Diplomatie, ou encore dans les exercices de simulations et les jeux d’enquête comme Sherlock Holmes.

Par conséquent, pour peu qu’ils soient bien choisis, les jeux offrent des espaces délimités et rassurants dans lesquels l’ensemble de ces compétences peuvent se développer. Chacune d’entre elle n’est pas, à proprement parler, philosophique. Mais ensemble ces compétences forment tout le bagage de l’attitude philosophique : comprendre des enjeux, déterminer des objectifs, développer des stratégies pour y parvenir, savoir discuter, savoir argumenter, savoir appliquer un raisonnement, savoir écouter, et enfin apprendre à réévaluer de manière critique, en fin de partie, ce qui s’est passé pendant le jeu.

  • Le jeu, en soi, a des vertus philosophiques

Avec les ateliers ludosophiques, nous entendons tirer parti des cadres pédagogiques des jeux pour développer cette attitude philosophique. Mais attention ! Car le jeu ne doit pas être qu’un prétexte à philosopher. Il ne faut pas oublier qu’un des aspects fondamentaux du jeu est justement d’être et de rester ludique : marrant, réjouissant et drôle ! Respecter l’esprit du jeu, c’est aussi se prendre au jeu, s’impliquer émotionnellement et affectivement, vouloir se divertir. Le plaisir de jouer est en soi un objectif louable, un bien-être, un moment agréable que l’on peut partager facilement. Il n’a pas toujours besoin d’avoir d’autres intentions que lui-même ; le bonheur d’être là, la détente, l’allégresse, et la réalisation d’une partie de soi à travers le jeu sont des vertus philosophiques honnêtes et recommandables. Comme quoi, jouer et se laisser prendre au jeu, c’est déjà accepter d’adopter une première partie de l’attitude philosophique.

  • La philosophie du jeu

Mais la ludosophie se veut aussi un espace d’exploration des potentiels du jeu, par la découverte de nouveaux jeux ou encore la création de jeu. Entrer dans l’univers du jeu, c’est aussi dessiner des trames, créer des narrations, inventer des règles, des mécanismes et des objectifs. C’est imaginer des espaces d’expérimentations pour sonder tout ce dont le jeu est fait : l’immersion, l’interaction entre joueurs, l’émotion et la simulation de situations. Cette fois-ci, nous ne cherchons plus à savoir comment le jeu peut servir la philosophie, mais comment le jeu peut être un objet d’analyse philosophique. C’est ce qu’on appelle la « philosophie des jeux », et il s’agit d’une des activités de ces ateliers de ludosophie.

  • La simulation comme espace privilégié pour vivre et s’imprégner d’une philosophie

Enfin, au cœur de l’interaction ludo-philosophique, et notamment grâce aux jeux de simulation, existe un certain espace où les contenus philosophiques peuvent être débattus et vécus de façon tout à fait inédite. Dans une simulation où le dispositif de jeu est orienté vers un problème philosophique, les joueurs et joueuses peuvent s’engager d’une manière profonde dans la résolution de ce problème. Le jeu permet en effet de traiter ainsi de questions politiques, psychologiques, voire métaphysiques, par la force même du contrat ludique : à partir du moment où l’on a décidé de règles, d’actions, d’objectifs, et où l’on a décidé d’y incarner, en tant que joueur ou joueuse, un•e personnage, l’engagement est tel que même un•e philosophe aguerri•e pourrait y tirer un véritable enseignement. Le jeu peut donc aussi servir la philosophie comme terrain d’expérimentation ou d’immersion pour aborder une question philosophique.

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